dimanche 20 novembre 2016

L’itinéraire d’un bon Arrien de la bibliothèque de Claude Dupuy par Ciriaco.




C’est un ouvrage qui ne paye pas de mine : un simple in-octavo dans une reliure en parchemin à recouvrement, avec les attaches de deux lacets, un dos à cinq nerfs apparents, avec le titre de l’ouvrage écrit à l’encre brune en lettres minuscules (plus très visible) au haut de la coiffe supérieure, et repris également à la plume mais d’une autre main sur le deuxième caisson, donc une présentation finalement assez habituelle pour ce type d’ouvrage du 16ème siècle.


Il s’agit de l’Histoire des Expéditions d’Alexandre le Grand, de Flavius Arrianus, éditée en 1535 à Venise par Vittore Trincavelli chez l’imprimeur Bartolomeo Zanetti. C’est l’editio princeps en grec, elle est accompagnée d’une préface du célèbre humaniste vénitien Egnazio, helléniste distingué, élève d’Ange Politien, compagnon d’Erasme en 1508 à l’académie aldine. Son titre en grec est :

ARRIANOU peri alexandrou anabasews

ce qui signifie « L’anabase d’Alexandre ».

Il porte sur la page de titre l’ex-libris manuscrit de l’humaniste Claude Dupuy (1545-1594), Claudius Puteanus en latin.


La première édition imprimée de ce texte en latin, avait paru en 1508 chez l’imprimeur Jérôme de Soncino à Pisauri (près de Milan). Pour réaliser cette édition grecque, Trincavelli est parti de différents manuscrits, dont au moins un codex grec provenant de la bibliothèque que le cardinal Bessarion avait légué à la ville de Venise, et qui était alors accessible depuis peu aux humanistes. Ces manuscrits sont aujourd’hui à la Bibl. Marciana.

Son auteur, Arrien (Flavius Arrianus, né en Bythinie, Asie Mineure) vers 83 de notre ère, fut d‘abord un élève d’Epictète. C’est là, en Grèce, qu’il se lia avec le futur empereur Hadrien. Il poursuivit ensuite une carrière militaire et administrative dans l’Empire Romain, devenant notamment proconsul en Bétique (Espagne), puis gouverneur en Cappadoce. Il se retira ensuite à Athènes en 138 à la mort d’Hadrien pour se consacrer à l’écriture. Comme l’écrit Joel Schmidt   dans l’Encycl. Universalis, « il est un des plus illustres penseurs de cette période de l'Empire romain, marquée en politique par la dynastie des Antonins et, dans le domaine de la culture, par une curiosité cosmopolite et un désir de connaissance universelle…. Il est également historien, influencé par Xenophon, admirable d'impartialité et d'esprit critique, comme en témoignent Les Expéditions d'Alexandre ».



Hadrien (monnaie romaine)

Avec « La vie d’Alexandre » de Plutarque, cet ouvrage, rédigé au IIe siècle à Athènes par Arrien, est pour beaucoup de spécialistes un des récits les plus fiables et objectifs dont on dispose concernant les conquêtes d’Alexandre le Grand, qui le conduisirent jusqu’au fleuve Indus. Nul doute que ce récit inspira beaucoup les hommes de la renaissance, au moment où s’ouvraient les frontières géographiques et culturelles, et où on recherchait à revenir aux sources des récits en langue grecque.



Mosaïque de Pompéi (musée de Naples). Alexandre à la bataille d’Issos (333 av J.C.)


Brunet nous indique qu’il s’agit d’une « Première et rare édition », dont un exemplaire fût vendu 7 florins 50c à la vente Crevenne. (Pour relativiser et à titre d’exemple, à la vente Crevenne, l’Anthologie de Planude (Laurent de Alopa), Venise 1494 - ouvrage infiniment plus précieux - se vendit 130 florins). Très récemment, le 27 octobre 2016 à Rome, lors d’une vente aux enchères organisée par la maison PhiloBiblon, un autre exemplaire de ce même ouvrage est parti au prix de marteau de 1300€ (la fourchette d’estimation était 500 – 1000 €). 


 Vittore Trincavelli


Bartolomeo Zanetti, né vers 1487 à Castrezzato près de Brescia en Lombardie travailla d’abord comme assistant typographe et copiste de textes grecs chez Philippe Giunti à Florence. Après la mort de celui-ci, on perd sa trace pendant une dizaine d’années, jusqu’à ce qu’il s’établisse à Venise vers 1535. Là, associé au médecin/philologue/humaniste Trincavelli, il imprimera pour ce dernier un certain nombre d’excellents ouvrages d’histoire et de philosophie en langue grecque. Désormais, symbole de sa nouvelle appartenance à l’élite de l’imprimerie vénitienne, il signera, au colophon de ses ouvrages « Bartolomeo Casterzagense » (Bartolomeo, natif de Castrezzato), à l’instar des illustres Aldus Romanus, ou Erasmus Rosterodamus.

Zanetti utilise pour ses éditions en association avec Vittore Trincavelli une marque d’imprimeur de qualité et de taille exceptionnelle. Celle-ci représente un putto, dans la manière de la statuaire antique (Bacchus et Hercule enfants), adossé au tronc coupé d’un vieil arbre, et se couronnant d’un rameau issu des rejets de la souche.


Marque d’imprimeur Zanetti - Trincavelli

Le texte qui encadre cette image peut se traduire de la façon suivante :

Comme chacun, je dois débuter,
 Mais bientôt
Avec l‘aide de Dieu
 Je deviendraii un homme

Quelle plus belle allégorie de la Renaissance que cette souche dont les rejets sont recueillis par un bambino plein de promesses et qui symbolise cette éducation aux sources des auteurs classiques mais débarrassée des branches mortes du Moyen-Age, et qui lui permettra de devenir un parfait humaniste !
 

Claude Dupuy


Claude Dupuy (1545-1594) fut élève d’Adrien Turnèbe à Paris et se passionna très tôt pour la langue grecque. Ami de Cujas, il fut reçu avocat au parlement de Paris en 1566. Il voyagea en Italie, notamment à Bologne, Padoue, Florence, Rome et Venise où il collabora en 1570 avec Paul Manuce. A Padoue, il se lia d’amitié avec Gian Vincenzo Pinelli, le mentor de Galilée, et un des plus grands bibliophiles de l’époque (à sa mort en 1601 sa bibliothèque comportait 8500 volumes). La correspondance entre Pinelli et Dupuy a été publiée en 2001.

En 1577 il épousa Claude Sanguin ( ?-1631) qui n’était autre que la nièce du Premier Président du Parlement de Paris, Christophe de Thou (le père du célèbre bibliophile JA de Thou). Ce mariage le propulsa dans l’élite parlementaire du temps, et associa sa famille à celle des de Thou dont un illustre membre (Jacques-Auguste) allait plus tard devenir Garde de la Librairie du Roi.

Humaniste engagé, sa carrière de magistrat dans ces temps troublés des guerres de religion et de la Saint Barthélémy se déroula avec l’objectif de promouvoir la tolérance et d’éviter la guerre civile. La victoire de ce « parti des politiques » sera consacrée par l’entrée d’Henri IV à Paris le 22 mars 1594. Mais Claude Dupuy, malade, s’éteignit le 1er décembre de la même année à l’âge de 49 ans.

Il laissait à sa mort une bibliothèque très importante comportant près de 2000 volumes, dont l’inventaire fut établi en 1595 par l’imprimeur-libraire Denis Duval (successeur d’André Wechel rue Jean de Beauvais). Instruit, curieux, savant en grec et en latin, nul doûte que son amitié avec Pinelli, le plus grand bibliophile de l’Italie du XVIème siècle l’ait encouragé à enrichir sa bibliothèque dont les premiers ouvrages provenaient probablement de son père mais qu’il avait déjà entrepris de compléter par nombre d’acquisitions à partir des années 1565.

On sait aussi que, selon une pratique assez courante chez les humanistes de cette époque un certain nombre d’ouvrages et de manuscrits sont entrés dans sa bibliothèque après avoir été dérobés dans des couvents ou collèges, en particulier de l’abbaye Saint Victor (qui se situait à l‘emplacement de ce qui devint la Halle aux Vins, aujourd’hui la faculté de Jussieu dans le 5e arrdt. de Paris). Scaliger rapporte ainsi que « Monsieur du Puy a pris des MSS dans une abbaye tandis qu’on entretenoit le gardien ; il faisait jetter les livres par une fenestre, & il y avoit des gens prets pour les recevoir ».

Madame Claude s’occupe de Thou

Ses enfants étaient encore jeunes lors de son décès (l’ainé avait 14 ans), et jusqu’à leur majorité la bibliothèque fut conservée par sa veuve Claude Sanguin avec le souci constant d’en maintenir l’intégrité. En 1617, Jacques-Auguste de Thou s’éteignait en laissant par testament la tutelle de son immense bibliothèque à son cousin Pierre Dupuy et à son ami Nicolas Rigault (par ailleurs garde de la Bibliothèque du roi). La famille Dupuy s’installa alors rue des Poitevins dans l’hôtel de Thou, qui se trouva abriter alors à la fois la bibliothèque thuanienne, et la bibliothèque Dupuy. Cette dernière y restera jusqu’en 1645.

Deux fils de Puteanus

En 1631, au décès de leur mère, les deux frères Jacques et Pierre conservent la bibliothèque familiale, qui s’était considérablement agrandie pendant trente années de nouvelles acquisitions, comme le montre un nouvel inventaire fait à cette date.

 Jacques et Pierre Dupuy

En 1645, les deux frères Dupuy rachètent à Nicolas Rigault la charge de gardes de la Bibliothèque du roi, et s’installent, ainsi que leur bibliothèque familiale, dans leur logement de fonction rue de la Harpe (où se trouvait alors la Bibliothèque du roi).

En 1647, après en avoir terminé avec la rédaction du catalogue de la Bibliothèque du roi, les deux frères s’attelèrent à la préparation du catalogue de leur propre bibliothèque, qui comporte deux beaux volumes avec des notices pour chaque ouvrage.

Soucieux de préserver l’intégrité de la bibliothèque humaniste créée par leur père, les deux frères souhaitaient la léguer au roi, mais à la condition notamment de pouvoir désigner leur successeur comme garde de la Bibliothèque royale. Après la mort de son frère Pierre en 1651, Jacques Dupuy pensait désigner comme son successeur leur ami Ismaël Boulliau (un proche de Gassendi et de Blaise Pascal), le grand mathématicien et astronome qui s’occupait depuis des années des livres du « cabinet Dupuy ». Ismaël Boulliau, lors de ses tournées en Italie, Allemagne, Hollande avait déjà été un grand pourvoyeur de livres pour les Dupuy.

 Ismaël Boulliau (1605-1694)

Cependant en 1657, suite à des intrigues de Mazarin et de Colbert, la bibliothèque Dupuy (9000 imprimés, et 126 manuscrits) fut bien léguée à la Bibliothèque du roi, mais le garde désigné ne fut pas Ismaël Boulliau, mais Nicolas Colbert, le frère du ministre.

 Nicolas Colbert

« Ainsi prit fin l’emprise de la famille de Thou sur la Bibliothèque, qui durait depuis 1593, et avec elle une certaine idée libérale et désintéressée du commerce des livres, commune à ce qu’on appelle ordinairement la république des lettres » (in : BnF, Les directeurs de la bibliothèque royale, 2007)

Depuis cette date le sort de la bibliothèque Dupuy est lié au sort de la Bibliothèque royale et constitue aujourd’hui le fonds Dupuy de la BnF, non sans tribulations (par exemple vers 1670 un certain nombre de volumes furent échangés, voire soustraits sans contrepartie par J-B Colbert pour sa propre bibliothèque, et se trouvent aujourd’hui à la Mazarine, ou ont été dispersés.)


 Tribulations de deux bons Arrien


En ce qui concerne notre volume, le catalogue Duval établi en 1595 à la mort de Claude Dupuy indique qu’il était joint à un autre volume du même auteur et chez le même éditeur (Arriani Epictetus, B. Zanetti , 1535), l’ensemble des 2 volumes constituant un lot à 15 sous. Ces deux ouvrages sont également parfaitement récolés dans le catalogue établi par les frères Dupuy en 1647.



Le titre de l’ouvrage écrit à la plume à la coiffe supérieure en lettres minuscules grecques (partiellement effacé) est de la main de Claude Dupuy. Le titre est repris postérieurement à la plume sur le deuxième caisson, en caractères latins plus lisibles par Jacques Dupuy.

Sur la page de titre de notre Arrien se troupe aussi l’ex-libris manuscrit de Jean-Pierre d’Apples. Il s’agit d’un membre d’une famille vaudoise, reçue bourgeoise de Lausannne en 1603. Jean-Pierre DAPPLES exerçait la médecine à Lausanne et enseigna le grec et la morale à l’Académie (de Lausanne), de 1703 à 1733. Il avait composé pour la préface de l’ouvrage de son ami Plantin (Abrègé de l’histoire générale de la Suisse, Genève, 1666) des sizains en son honneur, dont l’un se lit :

Que sert-il de savoir l’histoire des Romains,
Qui rangèrent jadis cent peuples sous leurs mains ?
Que sert-il de savoir l’histoire d’Alexandre,
Ses généreux desseins et de ses successeurs ?
Et ne savoir les faits de nos prédécesseurs
Pour les faire en nos jours renaître de leur cendre.

Cette référence à l’histoire d ‘Alexandre nous montre en tout cas l’intérêt qu’il était susceptible de porter à notre ouvrage.

Mais comment ce livre, supposé être en 1657 propriété du roi, sous la garde de Nicolas Colbert, garde de la bibliothèque (mais aussi évêque d’Auxerre), se retrouve-t-il 10 ans plus tard en Suisse dans une famille protestante, cela reste un mystère. De fait, on ignore même s’il n’a jamais intégré la bibliothèque royale, la Colbertine ou la bibliothèque Mazarine. Le livre ne comporte pas d’estampille de la bibliothèque royale, mais on sait que l’estampillage ne commença qu’assez tard

La réapparition du livre est ensuite attestée par une étiquette apposée sur une page de garde de la Librairie Classique et Ecclésiastique F. Cahu, Place Saint-Sulpice et rue Férou, à Paris, qui date semble-t-il du premier quart du 19ème siècle.

Plus tard au 19ème siècle, l’ouvrage a appartenu au célèbre libraire-expert Anatole Claudin (1833-1906), connu notamment pour son importante Histoire de l'imprimerie en France au XVe et au XVIe siècle. Je réfère également à ce billet le concernant dans le blog Le Bibliomane :



Il y a plusieurs annotations manuscrites de Claudin sur la page de garde, dont notamment celle-ci : La Bibliothèque Nationale possède un exemplaire de l’Epictète d’Arrien imprimé vers la même époque et relié dans le même genre. Il est côté sous le numéro R.2692.

Il s’agit selon toute vraisemblance de l’exemplaire compagnon du nôtre dans la catalogue de Duval en 1595, également récolé dans le catalogue des frères Dupuy de 1647.

Dans l’excellent ouvrage de Jérôme Delatour publié en 2001 « Une bibliothèque humaniste au temps des guerres de religion : les livres de Claude Dupuy » l’auteur indique avoir pu identifier, après des recherches approfondies à la Mazarine et à la BnF environ 600 des 835 volumes imprimés décrits par Duval. En ce qui concerne les 2 volumes d’Arrien discutés ici, il indique qu’ils restent « non identifiés ». Ce n’est donc plus le cas pour l’un d’entre eux, nôtre « Anabase d’Alexandre ». Quant à « l’Epictête » d’Arrien, il semble donc avoir disparu (ou s’être égaré) de la BnF à partir du 19ème siècle. Peut-être la publication ici du numéro de référence de la BnF constaté à l’époque par Claudin aidera les conservateurs à le retrouver.

Au cours du 20ème siècle, notre ouvrage a été acquis à Londres en 1916 par le pianiste/compositeur Sud-Africain Jan Gysbert Hugo Bosman, dit Vere di Ravelli (1882-1967). Ce dernier était un pianiste international qui tourna dans toute l’Europe, vécut entre 1920 et 1955 à Florence et était également un éminent philologue, spécialiste des langues grecques, syriaques, perses, etc…

D‘après une notice insérée dans l’ouvrage, le livre est ensuite passé dans le fond de la célèbre librairie de livres anciens de Carlo Alberto Chiesa (1926-1998) à Milan.

Ciriaco

Bibliographie :

1) Giordano Castelli - Identikit del Tipografo Bresciano Bartolomeo Zanetti, Brescia, 2008
2) Jérome Delatour  - Une bibliothèque humaniste au temps des guerres de religion : les livres de Claude Dupuy, Paris, 2001

samedi 12 novembre 2016

Les invendus de la deuxième vente publique de la bibliothèque de Pierre Bergé (mardi 8 novembre 2016)



- Lot n°190 : BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, Jacques-Henri. Paul et Virginie. Lausanne, Chez J. Mourer, 1788. Estimation 1.500/2.500
- Lot n° 191 : BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, Jacques-Henri. Paul et Virginie. Paris, de l’Imprimerie de Monsieur, 1789. Estimation 2.000/3.000
- Lot n° 194 : GOETHE, Johann Wolfgang von. Goethe’s Schriften. Leipzig, Georg Joachim Göschen, 1787-1790. Estimation 6.000/8.000
- Lot n° 195 : GOETHE, Johann Wolfgang von. Erwin und Elmire. Ein Singspiel. Ächte Ausgabe. Leipzig, Georg Joachim Göschen, 1788. Estimation 2.000/3.000
- Lot n° 196 : GOETHE, Johann Wolfgang von. Faust. Ein Fragment. Ächte Ausgabe. Leipzig, Georg Joachim Göschen, 1790. Estimation 10.000/15.000
- Lot n° 197 : GOETHE, Johann Wolfgang von. Les Affinités électives. Paris, S. C. L’Huillier, 1810. Estimation 6.000/8.000
- Lot n° 199 : GOETHE, Johann Wolfgang von Wilhelm Meisters Wanderjahre oder die Entsagenden. Stuttgart und Tübingen, Cotta, 1821. Estimation 2.000/3.000
- Lot n° 200 : GOETHE, Johann Wolfgang ; Johann Peter ECKERMANN Gespräche mit Goethe in den letzten Jahren seines Lebens. 1823-1832 Estimation 4.000/6.000
- Lot n° 222 : ANDERSEN, Hans Christian. Nye eventyr og historier af H. C. Andersen. [Nouveaux contes et histoires]. Copenhague, Reitzels, 1858-1872. Estimation 2.000/3.000
- Lot n° 224 : ARNIM, Ludwig Achim von & Clemens BRENTANO. Des Knaben Wunderhorn. Alte Deutsche Lieder [Le Cor merveilleux de l’enfant, vieilles chansons allemandes]. Heidelberg, J.C.B. Mohr, et Francfort, J.G. Zimmer, [1805]-1808. Lot sans estimation (?)
- Lot n° 225 : BALZAC, Honoré de. Scènes de la vie privée, publiées par M. Balzac, auteur du Dernier Chouan, ou la Bretagne en 1800. Paris, Mame et Delaunay-Vallée, Levavasseur, 1830. Estimation 15.000/20.000
- Lot n° 226 : BALZAC, Honoré de, Alexandre DUMAS, Alexandre DUMAS fils & George SAND. [Collection d’ouvrages provenant du cabinet de lecture de la duchesse de Berry au château de Brunnsee en Styrie, Autriche.] Paris ou Bruxelles, 1832-1857. 17 titres en 26… Estimation 60.000/80.000
- Lot n° 227 : BALZAC, Honoré de. Scènes de la vie de province, premier volume. [Eugénie Grandet.] Paris, Madame Charles Béchet, 1834. Estimation 20.000/30.000
- Lot n° 228 : BALZAC, Honoré de. Le Père Goriot. Histoire parisienne. Paris, Librairie de Werdet, Spachmann, éditeur, 1835. Estimation 8.000/12.000
- Lot n° 229 : BALZAC, Honoré de. Le Livre mystique. Les Proscrits. Histoire intellectuelle de Louis Lambert [...] Séraphita. Paris, Werdet, 1835. Estimation 6.000/8000
- Lot n° 249 : CONSTANT, Benjamin Adolphe; anecdote trouvée dans les papiers d’un inconnu, et publiée par M. Benjamin de Constant. Londres, Colburn, Paris, Tröttel et Wurtz, 1816. Estimation 10.000/15.000
- Lot n° 252 : CUSTINE, Astolphe de Mémoires et Voyages, ou Lettres écrites à diverses époques, pendant des courses en Suisse, en Calabre, en Angleterre, et en Ecosse. Paris, Alex. Vezard, Le Normant père, 1830. Estimation 3.000/4.000
- Lot n° 259 : FOURIER, Charles Le Nouveau monde industriel et sociétaire, ou Invention du procédé d’industrie attrayante et naturelle, distribuée en séries passionnées. Paris, Bossange Père et Mongie Aîné, 1829-1830. Estimation 2.000/3.000
- Lot n° 260 : GAUTIER, Théophile Mademoiselle de Maupin. Double amour. Paris, Eugène Renduel, 1835-1836. Estimation 6.000/8.000
- Lot n° 261 : GAUTIER, Théophile Émaux et Camées. Paris, Eugène Didier, 1852. Estimation 1.000/1.500
- Lot n° 263 : GAUTIER, Théophile Italia. Paris, Victor Lecou, 1852. Estimation 600/800
- Lot n° 264 : GAUTIER, Théophile L’Art moderne. Paris, Michel Lévy, 1856. Estimation 4.000/5.000
- Lot n° 282 : HUGO, Victor. Les Chants du crépuscule. Paris, Eugène Renduel, 1835. Estimation 4.000/6.000
- Lot n° 285 : HUGO, Victor. Les Misérables. Paris, Pagnerre, 1862. Estimation 10.000/15.000
- Lot n° 287 : HUGO, Victor. Les Travailleurs de la mer. Paris, Librairie Internationale, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1866. Estimation 3.000/4.000
- Lot n° 294 : JOUBERT, Joseph. Recueil des pensées. Paris, Le Normant, 1838. Estimation 2.000/3.000 Lot n° 296 : KIERKEGAARD, Søren Aabye. Af en endnu Levendes Papirer, udgivet mod hans Villie [Extrait des papiers d’une personne encore vivante, publié contre sa volonté].Copenhague, C.A. Reitzel, 1838. Estimation 2.000/3.000
- Lot n° 297 : KIERKEGAARD, Søren Aabye. Om Begrebet Ironi med stadigt Hensyn til Socrates [Sur le concept d’ironie en référence à Socrate]. Copenhague, P.G. Philipsens, 1841. Estimation 2.000/3.000
- Lot n° 298 : [KIERKEGAARD, Søren Aabye.] Enten – Eller [Ou bien… ou bien]. Et livs-fragment udgivet af Victor Eremita. Copenhague, C. A. Reitzel, 1843. Estimation 6.000/8.000
- Lot n° 302 : LEOPARDI, Giacomo. Operette morali. Milano, Ant. Fort. Stella e Figli, 1827. Estimation 4.000/6.000
- Lot n° 304 : [MÉRIMÉE, Prosper.] Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole. Paris, A. Sautelet et Cie, 1825. Estimation 2.000/3.000
- Lot n° 305 : MÉRIMÉE, Prosper. Carmen. Paris, Michel Lévy, 1846. Estimation 6.000/8.000
- Lot n° 307 : MUSSET, Alfred de. Contes d’Espagne et d’Italie. Paris, A. Levavasseur et Urbain Canel, 1830. Estimation 15.000/20.000
- Lot n° 308 : MUSSET, Alfred de. La Confession d’un enfant du siècle. Paris, Félix Bonnaire, 1836. 20.000/30.000
- Lot n° 309 : [NERVAL, Gérard de.] Complainte sur la mort de haut et puissant seigneur le Droit d’Aînesse. Par Cadet Roussel, et une Société de Publicistes, Jurisconsultes et Gens de lettres. Paris, Touquet, 1826. Estimation 3.000/4.000
- Lot n° 311 : [NERVAL, Gérard de.] Johann Wolfgang von GOETHE. Faust, tragédie de Goëthe : nouvelle traduction complète, en prose et en vers, par Gérard. Deuxième édition. Paris, Mme Ve Dondey-Dupré, 1835. Estimation 10.000/15.000
- Lot n° 312 : [NERVAL, Gérard de.] Jacques CAZOTTE. Le Diable amoureux. Roman fantastique [...] précédé de sa vie, de son procès, et de ses prophéties et révélations par Gérard de Nerval. Paris, Léon Ganivet, 1845. Estimation 20.000/30.000
- Lot n° 327 : [SCHOPENHAUER, Arthur.] Kan Menneskets frie Villie bevises af dets Selvbevidsthed ? [Le libre arbitre peut-il être démontré par le témoignage de la conscience de soi ?]. Trondhjem, Tonnes Andreas Hoeg, 1840. Estimation 2.000/3.000
- Lot n° 329 : SHELLEY, Percy Bysshe. Alastor; or, the Spirit of Solitude: and other Poems. London, Baldwin, Cradock, and Joy, Carpenter and Son, 1816. Estimation 3.000/4.000
- Lot n° 334 : STENDHAL, Henri Beyle, dit. Vie de Rossini. Paris, Auguste Boulland et Cie, 1824. Estimation 2.000/3.000 Lot n° 338 : [STENDHAL, Henri Beyle, dit.] Armance, ou Quelques scènes d’un salon de Paris en 1827. Paris, Urbain Canel, 1827. Estimation 15.000/20.000
- Lot n° 340 : STENDHAL, Henri Beyle, dit. Promenades dans Rome. Paris, Delaunay, 1829. 2 tomes reliés en 3 volumes in-8 [sur 4] interfoliés de grandes feuilles de papier vergé vert d’eau de format in-4 (275 x 189 mm) ; demi-basane brune à coins, dos lisses ornés, pièces de titre vertes portant la mention “PROMENADES NOUVELLE EDITION” en lettres dorées … Estimation 100.000/150.000
- Lot n° 346 : VIGNY, Alfred de. Les Consultations du Docteur-Noir. Stello ou les Diables bleus (Blue Devils). Première consultation. Paris, Librairie de Charles Gosselin, Eugène Renduel, 1832. Estimation 4.000/6.000
- Lot n° 348 : VIGNY, Alfred de. Servitude et Grandeur militaires. Paris, Félix Bonnaire, Victor Magen, 1835. Estimation 6.000/8.000
- Lot n° 350 : [FLAUBERT]. Portrait de Gustave Flaubert. Vers 1845. Huile sur toile de forme ovale (455 x 360 mm). Estimation 80.000/120.000
- Lot n° 356 : FLAUBERT, Gustave. Salammbô. Paris, Michel Lévy frères, 1863. Estimation 60.000/80.000
- Lot n° 358 : [FLAUBERT]. DELATTRE, Eugène. Devoirs du suffrage universel, suivi du texte de la loi électorale. Paris, Pagnerre, 1863. Estimation 3.000/5.000
- Lot n° 359 : [FLAUBERT]. GONCOURT, Edmond & Jules de. Germinie Lacerteux. Paris, Charpentier, 1864. Estimation 10.000/15.000
- Lot n° 362 : FLAUBERT, Gustave. La Tentation de saint Antoine. Paris, Charpentier & Cie, 1874. Estimation 80.000/120.000
- Lot n° 366 : [FLAUBERT]. POUCHET, Georges. Des changements de coloration sous l’influence des nerfs. Avec planches en couleur. Paris, Germer Baillière, 1876. Estimation 2.000/3.000
- Lot n° 372 : FLAUBERT, Gustave. Par les champs et par les grèves (Voyage en Bretagne). Accompagné de mélanges et fragments inédits. Paris, G. Charpentier et Cie, 1886. Estimation 6.000/8.000

Soit 49 lots invendus sur 169 lots mis en vente selont les informations prises auprès du site www.bibliorare.com. Soit 29% d'invendus environ.

L'ensemble des résultats est disponible en ligne ICI.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

mercredi 9 novembre 2016

Une vente d'exception : Collection Alfred de Vigny - Vente Artcurial le 15 Novembre 2016.


"C'est la première fois qu'une vente est dédiée à Alfred de Vigny. Les pièces proposées sont exceptionnelles à la fois par leur provenance et leur qualité "

Guillaume Romaneix, Spécialiste Livres et Manuscrits, Artcurial

Paris - ARTCURIAL vendra le 15 novembre 2016 la collection Alfred de VIGNY constituée d'un important ensemble de manuscrits et souvenirs de l'homme de  lettres.

Alfred de VIGNY (1797-1863), poète, romancier et auteur dramatique fut l'une des figures les plus marquantes du romantisme en France.

La collection provient des héritiers de la légataire universelle d'Alfred de VIGNY qui était la fille de Virginie ANCELOT (1792- 1875), écrivain et peintre.

La correspondance, très abondante, évoque les liens qui unissaient l'homme de lettres à Adèle et Victor HUGO dont il était très proche, mais aussi à Marie d'AGOULT, Hans Christian ANDERSEN, Honoré de BALZAC, Jules BARBEY d'AUREVILLY, Hector BERLIOZ, Auguste BRIZEUX, François BULOZ, Marceline DESBORDES-VALMORE, Marie DORVAL, Alexandre DUMAS, Delphine de GIRARDIN, Alphonse de LAMARTINE,  Adam MICKIEWICZ, Alfred d'ORSAY, Franz LISZT ou Charles-Augustin SAINTE-BEUVE, Abel-François VILLEMAIN... Certaines lettres estimées 1 200 - 1 500€

Suivent de très nombreux manuscrits littéraires - brouillons et manuscrits originaux de poèmes, dont celui de La Mort du Loup (estimé 4 000 - 5 000€), de fragments d'œuvres,ainsi que des agendas et documents divers, éclairant notamment la vie quotidienne de VIGNY dont une correspondance avec son épouse Lydia et une avec sa mère.

 Un album de photos inédites de Gustave LE GRAY, une lettre autographe signée de Thomas JEFFERSON (estimée 8 000 - 10 000€), un portrait et une aquarelle de Tony JOHANNOT, des aquarelles d'Eugène DELACROIX, des tableaux et quelques pièces de mobilier complètent cet ensemble.

146 LOTS SERONT PRÉSENTÉS PARMI LESQUELS :

- Lot 141 - Photographies de Gustave Le Gray. Album rassemblant plusieurs clichés inédits de l'artiste. Estimation 120 000 - 150 000 €. Lien photos de l'album de Gustave Le Gray      - Lot 43 - L'Album Amicorum d'Alfred et de Lydia de VIGNY. L'un des plus prestigieux albums romantiques connus à ce jour. Ce superbe objet est introduit par une miniature représentant Alfred de Vigny en buste, réalisée par Mansion en 1825.  Il se compose de 58 feuillets, témoignages, vers, aphorismes, et dessins des plus grands esprits et talents de l'époque - écrivains, artistes, musiciens. Citons, entre bien d'autres, BERLIOZ, LOUIS BOULANGER, CHATEAUBRIAND, DELACROIX, DUMAS, HUGO, LAMARTINE, LISZT, MUSSET… Estimation 80 000 - 100 000 € - Lien photos de l'album Amicorum





- Lot 18 - Plus de 1000 lettres écrites à Alfred de Vigny par divers correspondants illustres de 1821 à 1863 et plus de 200 brouillons et minutes autographes de lettres, écrites par le poète. Estimation : 40 000 - 50 000€

 - Lots 47 et 48 - Deux œuvres à l’aquarelle d'Eugène DELACROIX. Projets de costumes pour une pièce de Victor Hugo. Estimation : 10 000 - 15 000 € chacune. Lien photos des deux aquarelles             - Lot 42 - Bracelet en or offert par VIGNY à Lydia, son épouse anglaise, où il fit monter son portrait, une fine miniature très probablement due à Mansion. Il y est représenté entre les fleurs de lys françaises et les lions anglais, signifiant le rapprochement des deux nations que symbolisait son mariage. Estimation : 6 000 - 8 000 €. Lien photo du bracelet

Pré-exposition (collection réduite) au rez-de-chaussée d'Artcurial jusqu'au Samedi 5 Novembre. Accès libre de 10h00 à 18h00.

Exposition de tous les lots du Jeudi 10 au Lundi 14 Novembre 2016 de 11h00 à 18h00. Vente Mardi 15 Novembre à 14h30 ARTCURIAL 7 Rond-Point des Champs Elysées 75008 PARIS

Lien du catalogue : Catalogue Collection Alfred de Vigny  Visuels libres de droits - Copyright Artcurial.

Contacts Presse : Armelle Maquin / AM Communication armelle.maquin@wanadoo.fr
+33 6 11 70 44 74 - 33 1 43 14 05 69
Marie Laurence de Rochefort mlderochefort@yahoo.fr
 +33 6 60 61 88 07 - 33 1 42 88 40 43

samedi 1 octobre 2016

Un indice indiquant les ouvrages provenant de la librairie Morgand-Fatout.

Les bibliophiles connaissent, à peu près tous, l'existence de la librairie Morgand-Fatout et surtout la publication de ses bulletins, regroupant des dizaines de milliers de livres plus ou moins choisis (plutôt plus que moins d'ailleurs).

J'ai en main actuellement 3 ouvrages ayant la même particularité : une note au crayon, deux de la même main, sur la première garde blanche, placée à gauche, au milieu en hauteur.


Pour le troisième livre, qui n'est pas en photo ici, j'avais déjà tout le pedigree depuis les années 1880 jusqu'aux années 1930 à peu près : 3 collections et Morgand-Fatout. La note était pour moi écrite autour de 1900 donc par un des quatre, et ne correspondait bien entendu pas au numéro du livre dans le bulletin.

Quand j'ai vu le livre avec la note 33178, de la même main dans mes souvenirs, j'ai repris mon premier livre qui l'a confirmé et j'ai donc cherché ce livre dans 2 des 3 catalogues de collections (je n'ai pas le troisième) avant de me jeter dans le fichier pdf énorme que représente tous les bulletins de la librairie (numérisé par les soins de Bertrand et que de nombreux bibliophiles et libraires utilisent). Et je suis donc tombé sur le numéro 26613, que vous pourrez donc aisément retrouver : 


De la même manière pour le second livre avec la note 5614 qui correspond au numéro 15544 :


Il n'y a donc aucun rapport entre le numéro écrit sur le livre et le numéro d'ordre dans les bulletins.

Voilà donc un petit mystère de résolu. Si vous avez dans vos bibliothèques ou stocks de librairies des livres avec ce type de note, regardez donc dans les bulletins de la librairie Morgand-Fatout, vous les y retrouverez probablement!

Benoît

vendredi 30 septembre 2016

Iconographie Bibliomaniaque ... où ? qui ? quand ? quoi ?


Répondez en commentaire

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

jeudi 29 septembre 2016

J'ai trouvé cette gravure ancienne très sympathique et très dans le thème du Bibliomane. On y brûle des livres ... encore qu'ici on ne les brûle pas, on se consume pour eux ! La nuance est de taille je vous l'accorde. Alors ?

J'ai trouvé cette gravure ancienne très sympathique et très dans le thème du Bibliomane. On y brûle des livres ... encore qu'ici on ne les brûle pas, on se consume pour eux ! La nuance est de taille je vous l'accorde. Alors ?


Frontispice ? Gravure ?

Quelle époque ? Quel ouvrage ?

Répondez en commentaire.

Bonne chasse !


Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

samedi 24 septembre 2016

Polémiques anciennes et modernes autour d’une inscription conservée à Nantes (1723).

Je voudrais vous présenter brièvement un petit ouvrage trouvé un jour par hasard dans une boite de bouquiniste en revenant de Nantes, ouvrage que vous chercheriez vainement à la BNF ou dans d’autres institutions et que les catalogues de haute bibliophilie qualifieraient de ‘’rareté jamais passée en vente publique’’. Je n’en ai retrouvé qu’un seul exemplaire conservé à la Bibliothèque Municipale de Nantes. Le catalogue mentionne ‘Cette pièce, donnée à la Bibliothèque par M. Dugast-Matifeux, est très-rare’’. Il a pour titre ‘’Explication historique et littérale d’une inscription ancienne conservée à Nantes’’.


Fig.1 Page de titre.

Fig.2 Avertissement de l’imprimeur.

Fig.3 Notes d’un bibliophile.

Pour goûter l’intérêt de l’ouvrage, il faut revenir un peu en arrière : Nous sommes en 1580, à Nantes, au pied des remparts, des ouvriers payés au lance-pierre déblayent les douves et y trouvent une pierre gravée issue de la démolition de la porte Saint-Pierre. (Cette triple coïncidence est un mystère non résolu jusqu’ici).
A une autre époque ladite pierre aurait fini à la décharge ou débitée comme matériau de construction mais en 1580 la mode est aux antiques et les amateurs éclairés recherchent des preuves de l’antiquité de la ville. Or justement, Nantes ne possède que très peu de témoignage de sa période romaine et l’inscription sur la pierre pourrait donner des indications sur son histoire. Elle fut donc transportée dans la cour de l’Hôtel de Ville à la demande de Pierre de Biré  puis incorporée en 1623 dans une galerie neuve où Dubuisson-Aubenay la voit et la décrit en 1632 : ‘’M. de Cornullier, chargé de la direction des bâtiments publics en qualité de Trésorier de France & grand Voyer, fit placer ce Marbre dans la Galerie neuve construite par ses soins en 1606. Où il se voit à présent.’’ (1) Je ne suis pas allé voir mais la pierre y serait toujours et son fac-similé au Musée Dobré.
La relation de la découverte de 1580 ne sera publiée qu’en 1636, par l’oratorien Pierre Berthault (2) puis en 1636-1637 par Albert le Grand de Morlaix et par Biré de la Doucinière (3). Sa traduction a fait ensuite l’objet de débats passionnés puisqu’en 1808, Pierre-Nicolas Fournier recensait déjà 32 publications traitant du sujet dont celle publiée en 1723 par Nicolas Verger, imprimeur à Nantes, présentée ici.
A priori, le texte est court et facile à lire : NUMINIBUS (rien à voir avec la Ratp) AVGG DEO VOLIANO, M GEMELLUS SECUNDUS. ET C. SEPTIMIUS FLORVS ACTORUM VICANORUM PORTENS. TRIBVNAL C. M. LOCIS EX STIPE CONLATA POSVERVNT.

Fig.4 Reproduction de l’inscription

Fig.5 Traduction de l’inscription.

Fig.6 Les Preuves de l’Histoire de Bretagne par Dom Lobineau.
Pourtant la traduction de l’inscription latine a fait l’objet de multiples interprétations et de savantes polémiques. Pierre de fondation d’un tribunal ou autel dédié aux dieux, les débats étaient vifs dans les années 1720 entre Moreau de Mautour et Nicolas Travers et je ne suis pas certain que les continuateurs modernes comme Y.  Maligorne et Yann le Bohec (2007 et 2011) n’aient définitivement clos le sujet.
Dom Lobineau fait figurer l’inscription en tête de ses Preuves de l’Histoire de Bretagne (1715). Il ne nous donne pas de traduction littérale mais nous dit qu’il est à présumer que ce tribunal était le siège destiné à juger des affaires des marchands, autrement dit le siège du consulat. Les 2 lettres CM signifieraient apparemment communi moneta ce qui suggère une souscription publique pour l’érection du tribunal mais ‘’ la construction de Locis est assez difficile à debroüiller car il ne paraist pas à ceux qui ont vû l’original qu’il y ait eu rien d’efacé’’. Bref il lui semble assez évident que cette inscription est relative à la fondation d’un tribunal et non à un autel malgré la dédicace aux empereurs et au Dieu Volianus, identifié comme étant l’appellation locale de Vulcain.  

L’auteur de notre ouvrage, rédigé 6 ans après la publication de Lobineau, est un prêtre du diocèse de Nantes qui a préféré garder prudemment l’anonymat (mais qui est très probablement Nicolas Travers) (4). Il se livre à une étude approfondie du texte, en analysant syntaxe et grammaire. L’imprimeur, Nicolas Verger, déclare dans un avertissement liminaire que l’Explication qu’il donne aujourd’hui de l’inscription de Nantes est nouvelle et différentes de celle qu’il imprima l’an passé. Je n’ai pas trouvé trace dans les bibliothèques publiques d’une édition antérieure de ce texte de 1723. En revanche il a été réédité  en 1749 par le père P-N Desmolets, comme le fait remarquer une note manuscrite sur la page de titre, heureusement conservée par le bibliophile bourguignon Henri Joliet, au moment de la reliure : ‘’cette pièce est imprimée mais avec plusieurs différences dans les mémoires de P-N. Desmolets, tome V, partie 1, p.60’’.


Fig.7 Reliure

Fig.8 Ex-libris

Je ne vais pas reprendre toute la polémique. Notre prêtre nantais commence assez brutalement son introduction en déclarant  que toutes les interprétations précédant la sienne ne sont qu’un tissu d’inepties : ‘’Cette inscription rapportée par le Père Bertault de l’Oratoire, Gruter, Albert le Grand de Morlaix, D. Lobineau, Mr Maureau, etc n’est exact en aucun imprimé’’.  Pas de langue de bois ou de politiquement correct en ce temps-là ! Il conclue ses explications de texte par la traduction de l’inscription : ‘Aux dieux des Empereur, sous le bon plaisir du dieu Janus, M. Gemelius Secundus et C.Sedatius Florus ont bâti dans la place du commerce le tribunal des affaires des habitans du port, de l’argent que les habitans ont contribué’’.

Amusant de noter les substantielles différences avec Lobineau. Ainsi,  par exemple, le Dieu Vulcain chez Lobineau  devient « au bon plaisir du Dieu Janus » chez notre Anonyme parce qu’il découpe le mot Voliano en Vol(ente) Ianus. De son coté Lobineau lit ‘’Communi Moneta’’ là où il fallait lire tout simplement ‘’Cum’’.

Mais ce qui est plus amusant encore c’est de constater que les mots Tribunal et Loci dont la difficulté fut relevée par Dom Lobineau entraînent encore des échanges vifs 300 ans après. Ainsi l’éminent Professeur à la Sorbonne Yann Le Bohec écrit-il dans un article de 2011 à propos d’un livre de son confrère Maligorne (5)(6) : ‘’ Ce dernier (Y. Maligorne), ignorant notre travail, dont il n’a eu connaissance qu’au dernier moment, s’en est débarrassé en moins de trente lignes placées dans un appendice, en constatant que les points de désaccord sont nombreux…. Il se peut que notre argumentation, quand elle visait à définir plusieurs termes d’architecture mentionnés par ces textes, ait été trop rapidement présentée ; il faut donc la reprendre, manifester davantage de pédagogie, apporter quelques précisions et surtout montrer comment procéder pour définir les mots employés par l’épigraphie latine.’’ Et toc !

Il est vrai que l’épigraphie latine a fait beaucoup de progrès depuis l’époque de notre Anonyme et qu'aujourd’hui toutes les inscriptions trouvées dans les fouilles sont regroupées dans des Thésaurus qui permettent de replacer les mots des inscriptions dans un contexte archéologique. 

Le Professeur Le Bohec nous dit que le mot tribunal a donné matière à bien des erreurs. On a cru jadis qu’il désignait une salle d’audience pour l’exercice de la justice, comme nos modernes tribunaux. Mais, aussi étonnant que le fait puisse paraître, les Romains n’ont jamais construit de bâtiments qui remplissaient cette fonction; pour cela, ils utilisaient les forums et les basiliques de leurs villes. En réalité, le latin tribunal est un faux ami; il désigne « une tribune ».

Ainsi, la traduction la plus plausible, compte tenu de nos connaissances actuelles, est la suivante :’’Numinib(us) Augustor(um), | deo Volcano. | M. Gemel(lius) Secundus et C. Sedat(ius) Florus, actor(es) | uicanor(um) Portens(ium), tribunal c(u)m | locis, ex stipe conlata, posuerunt, c’est-à-dire : Aux Numina des Augustes, au dieu Vulcain. Marcus Gemellius Secundus et Caius Sedatius Florus, secrétaires de l’administration du bourg portuaire, après avoir fait une quête, ont fait placer une tribune avec des emplacements’’.

Autrement dit dans un campus religieux, Marcus Gemellius Secundus et Caius Sedatius Florus ont fait graver une dédicace aux dieux pour indiquer qu’ils avaient fait construire en leur honneur une estrade comportant plusieurs emplacements (loci) sans doute destinés à recevoir les statues de culte.

Les auteurs de ce type de textes, qui écrivaient pour des lecteurs qui savaient de quoi il était question puisqu’ils avaient l’ouvrage sous les yeux, n’éprouvaient pas toujours le besoin d’être explicites.

A noter que le recueil et toute cette histoire avaient intéressé un bibliophile bourguignon, amateur de curiosités historiques locales. Il a laissé dans le livre son ex-libris au chiffre CBMHI (Henri Joliet) avec sa devise "Plus penser que dire" que le Bibliomane Moderne et le Bibliophile Rhemus ont su identifier au premier coup d’œil. Que ces éminents collègues en soit remerciés !

Bonne Journée
Textor

(1) P.B. Moreau de MautourExtrait de l’explication historique, d’une inscription antique 
(2) Pierre BerthaultDe ara liber singularis, Nantes, Doriou, 1636.
(3) Biré de La Doucinière, Épimasie ou relation d’Aletin le Martyr, concernant l’origine, l’antiquité, noblesse et saincteté de la Bretaigne Armorique et particulièrement des villes de Nantes et Rennes, Nantes, Doriou, 1637.
(4) Plusieurs opuscules, l’une sur les monnaies de Bretagne, une autre sur les évêques de Nantes, sont identifiés par Barbier et Quérard comme étant de N. Travers alors qu’il est simplement mentionné ‘’par M******, prêtre du diocèse de Nantes.’’ Notre ouvrage semble avoir échappé au recensement de la BNF sur les œuvres de N.Travers, et pour cause, il ne figure pas à leur catalogue.
(5) Yann le Bohec De Nantes à Munich et de l’archéologie à l’épigraphie : questions de méthodologie (2011) Latomus, Revue et collection d'études latines et L’architecture à Nantes sous le Haut-Empire romain in Aere perennius, Hommage à Hubert Zehnacker, édit. J. Champeaux et M. Chassignet, Paris, 2006, p. 227-246.
(6) Y. Maligorne, L’architecture romaine dans l’Ouest de la Gaule, Rennes, 2007.




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